Merci La Vie 1991/bertand Blier
Sorti en 1991, Merci la vie s’inscrit dans la continuité du cinéma provocateur de Bertrand Blier, tout en poussant plus loin encore son goût pour la rupture narrative et l’irrévérence. Le film met en scène deux jeunes femmes, interprétées par Anouk Grinberg et Charlotte Gainsbourg, dont la rencontre fortuite devient le point de départ d’un récit éclaté, oscillant entre errance, souvenirs et hallucinations.
À travers une succession de tableaux sans véritable continuité apparente, le cinéaste brouille les repères temporels et narratifs. Le spectateur est plongé dans un univers où les scènes s’enchaînent selon une logique émotionnelle plutôt que chronologique, mêlant comédie grinçante et violence sourde. L’œuvre aborde frontalement des thèmes sensibles, notamment la maladie, en toile de fond de l’épidémie de sida qui marque alors la société française, mais aussi le traumatisme, la sexualité et la marginalité.
La présence de figures familières du cinéma français, comme Gérard Depardieu ou Jean Carmet, renforce le contraste entre la reconnaissance des visages et l’étrangeté du propos. Fidèle à son style, Blier privilégie des dialogues abrupts, parfois dérangeants, qui participent à une atmosphère de désorientation constante.
À sa sortie, le film divise profondément la critique. Certains y voient une œuvre audacieuse, libre et profondément ancrée dans son époque, quand d’autres dénoncent un exercice jugé hermétique, voire provocateur à l’excès. Plus de trente ans après, Merci la vie demeure un objet singulier dans le paysage du cinéma français, souvent cité comme l’un des exemples les plus radicaux du cinéma de son auteur.