WRONG

En 2012, Wrong confirme que Quentin Dupieux n’a décidément aucun goût pour la normalité. Après Steak et Rubber, le cinéaste français poursuit son exploration d’un univers où l’absurde n’est pas une exception, mais une règle.


Le film s’ouvre sur un détail qui donne le ton : un réveil affiche 7h60. Dans ce monde légèrement décalé, Dolph Springer — interprété par Jack Plotnick — mène une existence terne, jusqu’au jour où son chien Paul disparaît. Plutôt que de sombrer dans la panique, le personnage semble accepter l’irrationalité ambiante avec un calme déroutant. Licencié sans le savoir, arrosé par une pluie inexplicable à l’intérieur de son bureau, Dolph avance dans un décor où personne ne s’étonne de rien.


Autour de lui gravite une galerie de personnages tout aussi singuliers, dont un détective excentrique incarné par Éric Judor. Les dialogues, souvent plats en apparence, participent à cette mécanique du malaise comique. Dupieux filme les situations les plus improbables avec un sérieux presque clinique, laissant au spectateur le soin d’y projeter le rire — ou l’inconfort.


Présenté au festival de Sundance Film Festival, Wrong s’inscrit dans une veine indépendante assumée. Le réalisateur, également connu sous son alias musical Mr Oizo, signe une bande originale minimaliste qui renforce l’atmosphère flottante du récit.


Ni véritable comédie, ni pur exercice surréaliste, Wrong divise. Certains y voient une satire discrète de l’aliénation contemporaine ; d’autres, une succession de gags absurdes sans véritable progression dramatique. Une chose est sûre : Dupieux ne cherche ni à rassurer ni à expliquer. Il impose un univers autonome, hermétique aux conventions narratives classiques.


Avec Wrong, le cinéaste confirme sa place à part dans le paysage du cinéma indépendant : celle d’un artisan du non-sens, pour qui l’incongruité n’est pas un effet de style, mais une philosophie.