Sorti en 2007, Steak est le premier long métrage de Quentin Dupieux, cinéaste alors surtout connu sous son alias électro Mr. Oizo. Avec ce film, il impose d’emblée un ton singulier : absurde, froid, volontairement déroutant.
Une dystopie absurde sur fond de chirurgie esthétique
L’action se déroule dans une année 2016 fantasmée, où la chirurgie esthétique est devenue la norme sociale. Pour exister, il faut se faire « refaire ». Georges (Éric Judor), fraîchement lifté, tente d’intégrer les « Chivers », une bande de jeunes ultra-codifiés obsédés par l’apparence. Son ancien ami Blaise (Ramzy Bedia), tout juste sorti d’hôpital psychiatrique, cherche à le suivre — sans avoir, lui, le visage adéquat.
Sous ses allures de comédie minimaliste, Steak met en scène une satire sociale grinçante : culte du corps, pression du groupe, uniformisation des comportements. Le film se déploie dans des décors épurés, presque aseptisés, qui accentuent l’impression d’un monde figé, artificiel.
Un humour à contre-courant
Dès sa sortie, le film désarçonne. Le public venu retrouver le duo comique Éric et Ramzy, habitué à un humour plus accessible, découvre une œuvre sèche, lente, presque expérimentale. Les dialogues sont volontairement plats, les situations souvent absurdes, et le récit refuse les codes traditionnels de la comédie populaire.
La critique est divisée. Certains y voient un objet insolite, audacieux, annonciateur d’un cinéma français décomplexé. D’autres dénoncent un film hermétique, voire provocateur dans son refus de séduire.
Une œuvre réhabilitée
Avec le recul, Steak apparaît comme un jalon important dans la filmographie de Quentin Dupieux. On y retrouve déjà les thèmes et le ton qu’il développera dans Rubber ou Réalité : logique absurde assumée, narration éclatée, fascination pour le non-sens.
Échec commercial à sa sortie, le film s’est peu à peu constitué un statut d’œuvre culte auprès d’un public sensible à son étrangeté. Steak n’a peut-être pas cherché à plaire — et c’est précisément ce qui, aujourd’hui, continue de nourrir sa singularité.