Mandibules/Interview Dupieux/SensCritique 2021

Dans un entretien accordé à SensCritique à l’occasion de la sortie de Mandibules, Quentin Dupieux revient sur sa manière singulière de concevoir le cinéma, entre liberté revendiquée et goût assumé pour l’absurde.


Le cinéaste explique d’abord évoluer dans un cadre de travail relativement libre, rendu possible par le succès d’estime de ses précédents films. Une indépendance qu’il juge néanmoins fragile, dépendante de l’accueil du public. Mandibules s’inscrit ainsi dans une démarche volontairement simple : un tournage léger, une équipe réduite et un esprit proche de celui d’une « bande de copains ».


Au cœur du projet, le duo du Palmashow — Grégoire Ludig et David Marsais — s’impose comme une évidence. Dupieux souligne leur capacité à incarner des personnages naïfs avec sérieux, sans jamais tomber dans la caricature. Un choix qui participe à l’équilibre du film, où l’absurde naît précisément du décalage entre la banalité du jeu et l’étrangeté des situations.


Car l’absurde constitue bien la matrice du film. Le point de départ — une mouche géante que deux hommes tentent de dresser — n’est jamais justifié. Pour le réalisateur, il ne s’agit pas de produire du non-sens gratuit, mais de construire une logique interne cohérente à partir d’une idée volontairement idiote. « Prendre une situation absurde et la traiter sérieusement » résume en creux sa méthode.


Dupieux insiste également sur l’importance du montage, qu’il considère comme un élément clé du rythme comique. C’est dans cette phase que se construit l’efficacité du film, par un travail précis sur le timing et l’épure. La musique, qu’il compose lui-même, participe quant à elle à installer une atmosphère décalée, fidèle à son univers.



Fidèle à sa position habituelle, le réalisateur rejette toute tentative d’interprétation. Il affirme ne chercher ni à délivrer un message, ni à proposer une lecture symbolique de son œuvre. Son ambition reste ailleurs : susciter le rire, surprendre, et proposer une expérience de cinéma immédiate.


Avec Mandibules, Quentin Dupieux confirme ainsi une ligne artistique cohérente : un cinéma rapide, minimaliste, où l’absurde, loin d’être gratuit, devient un principe de narration à part entière.